Quel plan de formation pour développer le leadership des managers ?

Par Christine Norbert · juin 30, 2026 · 10 min de lecture
groupe en atelier de formation avec formateur

Le développement du leadership managérial ne s’improvise pas. Dans un contexte économique où les organisations doivent sans cesse s’adapter, où les équipes évoluent en mode hybride et où les attentes des collaborateurs se transforment profondément, la question du plan de formation pour les managers devient un enjeu stratégique de premier ordre. Trop souvent traité comme une simple formalité RH, ce plan mérite une réflexion structurée, ancrée dans les réalités opérationnelles de l’entreprise.

Un manager qui ne se forme pas finit par piloter avec des outils d’hier des équipes qui vivent dans le monde d’aujourd’hui. La formation au leadership n’est pas un luxe réservé aux grands groupes : c’est une nécessité pour toute structure qui souhaite conserver ses talents, améliorer sa performance collective et traverser les périodes de transformation sans perdre le cap.

Cet article propose une approche concrète pour construire un plan de formation cohérent, progressif et réellement utile, que vous soyez dirigeant d’une PME, responsable RH ou manager souhaitant prendre en main votre propre montée en compétences.

Comprendre ce que recouvre vraiment le leadership managérial

Leadership et management, deux notions complémentaires

Il est fréquent de confondre leadership et management, ou au contraire de les opposer. Le management renvoie à la dimension organisationnelle et opérationnelle du rôle : planifier, déléguer, contrôler, rendre compte. Le leadership, lui, touche à la capacité d’influencer, d’inspirer et d’embarquer les autres dans une direction commune. Les deux dimensions sont indissociables pour un manager efficace.

Un manager peut être excellent dans la gestion des processus et pourtant incapable de créer l’adhésion dans son équipe. À l’inverse, un leader charismatique sans rigueur de gestion génère souvent de l’enthousiasme à court terme mais peu de résultats durables. C’est précisément cette articulation entre les deux dimensions que le plan de formation doit chercher à renforcer.

Les compétences clés à développer chez un manager-leader

Avant de construire un plan, il faut identifier les compétences qui font réellement la différence. On distingue généralement trois grandes familles. Les compétences interpersonnelles englobent l’écoute active, la communication assertive, la gestion des conflits et la capacité à donner du feedback constructif. Les compétences stratégiques incluent la prise de décision en situation d’incertitude, la vision à moyen terme et la capacité à prioriser. Enfin, les compétences émotionnelles couvrent la connaissance de soi, la gestion du stress, l’intelligence émotionnelle et la résilience face à l’adversité.

Ces compétences ne s’acquièrent pas uniquement en salle de formation. Elles se développent dans l’action, par la mise en situation, par le retour d’expérience et par un travail de fond sur les représentations et les postures. Le plan de formation doit intégrer cette réalité dès sa conception.

Diagnostiquer les besoins avant de choisir les actions de formation

L’évaluation individuelle des managers en poste

Un plan de formation pertinent commence toujours par un diagnostic honnête. Il s’agit d’évaluer les compétences actuelles de chaque manager, d’identifier les écarts avec les attentes du poste et de tenir compte des trajectoires individuelles. Plusieurs outils existent : entretiens annuels enrichis, bilans de compétences, feedbacks à 360 degrés, tests de personnalité comme le MBTI ou le DISC, ou encore des mises en situation observées.

L’objectif n’est pas de stigmatiser les lacunes mais de créer un état des lieux partagé entre le manager, sa hiérarchie et la direction des ressources humaines. Ce diagnostic est d’autant plus utile qu’il permet de segmenter les managers selon leurs niveaux et leurs besoins spécifiques, évitant ainsi l’écueil du plan de formation uniforme qui ne satisfait personne.

L’analyse des enjeux collectifs de l’entreprise

Le diagnostic individuel ne suffit pas. Il doit être mis en perspective avec les défis collectifs que traverse l’organisation. Une entreprise en phase de croissance rapide n’a pas les mêmes besoins en leadership qu’une organisation en restructuration ou en transformation digitale. Les formations doivent répondre aux besoins réels du terrain, pas à un catalogue de modules déconnectés de la stratégie.

Il convient donc d’articuler le plan de formation avec le projet d’entreprise. Si l’objectif stratégique est de développer l’autonomie des équipes, la formation devra porter sur la délégation, le management participatif et la posture de coach. Si l’enjeu est la performance commerciale, elle privilégiera le leadership orienté résultats et la motivation des équipes en contexte de pression.

Structurer un plan de formation progressif et cohérent

Les trois niveaux de progression dans un parcours de leadership

Un plan de formation efficace s’organise en plusieurs niveaux correspondant à la maturité managériale des participants. Le premier niveau, dit fondamental, cible les managers nouvellement nommés ou ceux qui n’ont jamais bénéficié de formation structurée. Il couvre les bases du rôle : posture managériale, conduite des entretiens individuels, gestion du temps et des priorités, premiers outils de délégation.

Le deuxième niveau, dit de consolidation, s’adresse aux managers expérimentés qui souhaitent approfondir leurs pratiques. On y aborde des thèmes plus exigeants comme la conduite du changement, la gestion des situations difficiles, le développement des talents dans l’équipe ou encore la communication en situation de crise.

Le troisième niveau, dit de leadership avancé, est destiné aux managers à haut potentiel ou aux dirigeants en devenir. Il traite de vision stratégique, de transformation organisationnelle, de gouvernance et d’influence systémique. Ce niveau est souvent associé à des dispositifs de coaching individuel ou de mentorat.

Combiner les modalités pédagogiques pour maximiser l’impact

La diversité des modalités pédagogiques est un facteur clé de succès. Les formations présentielles en groupe créent la dynamique collective, permettent le partage d’expériences et favorisent les prises de conscience. Les classes virtuelles offrent souplesse et accessibilité. Les modules e-learning permettent d’acquérir des apports théoriques à son propre rythme. Les ateliers de codéveloppement professionnel, quant à eux, ancrent les apprentissages dans des situations réelles vécues par les participants.

Le coaching individuel reste le levier le plus puissant pour travailler en profondeur les postures et les croyances limitantes. Associé à des séquences collectives, il produit des transformations durables que la formation seule ne peut pas garantir. La règle d’or est de ne jamais miser sur une modalité unique, quelle qu’elle soit.

Mettre en oeuvre le plan et assurer son suivi dans la durée

Le rôle central de la direction dans l’engagement des managers

Un plan de formation ne peut pas fonctionner sans l’engagement visible de la direction. Lorsque les dirigeants eux-mêmes valorisent le développement des compétences managériales, participent à certains dispositifs ou témoignent de leur propre parcours de formation, ils envoient un signal fort qui légitime la démarche aux yeux de l’ensemble de l’organisation.

À l’inverse, un plan de formation perçu comme une obligation administrative, imposé de l’extérieur sans conviction réelle, génère de la résistance et n’atteint jamais ses objectifs. La culture du développement managérial se construit par l’exemple autant que par les dispositifs formels.

Mesurer les effets pour ajuster et pérenniser

Évaluer un plan de formation en leadership est plus complexe qu’évaluer une formation technique. Les effets ne sont pas toujours immédiats ni mesurables par des indicateurs simples. Pourtant, il est indispensable de définir dès le départ des critères d’évaluation, qu’il s’agisse de l’évolution du taux d’engagement des équipes, de la réduction du turnover, de l’amélioration des résultats opérationnels ou de la qualité du climat social.

Le modèle de Kirkpatrick, largement utilisé en ingénierie pédagogique, propose quatre niveaux d’évaluation progressifs : la satisfaction des participants, l’acquisition des apprentissages, le transfert en situation de travail et enfin l’impact sur les résultats de l’organisation. Appliquer ce cadre avec rigueur permet d’ajuster le plan au fil du temps et de démontrer sa valeur aux décideurs.

Si vous souhaitez aller plus loin dans la structuration de votre politique managériale, un accompagnement spécialisé en management et pilotage d’entreprise peut vous aider à aligner formation, stratégie et culture d’organisation de façon cohérente et durable.

Les erreurs fréquentes à éviter dans la construction d’un plan de formation leadership

Former pour former, sans cap stratégique

L’erreur la plus répandue est de construire un plan de formation par empilement de modules sans fil directeur. On sélectionne des formations à partir d’un catalogue, on remplit le plan en heures, on coche les cases du plan de développement des compétences, et l’on se convainc que l’obligation est remplie. Mais les managers ne voient pas le lien entre ces formations et leur réalité quotidienne, et les apprentissages restent en surface.

Un plan de formation cohérent doit au contraire partir d’une intention claire, traduite en objectifs de transformation mesurables, déclinée en parcours progressifs et évaluée régulièrement. La cohérence entre les modules, les modalités et les enjeux de l’entreprise est ce qui fait la différence entre un plan qui transforme et un plan qui consomme simplement un budget.

Négliger le suivi post-formation et l’intégration dans le quotidien

La formation, même excellente, perd rapidement de son efficacité si elle n’est pas suivie d’un accompagnement dans la mise en pratique. Le transfert des apprentissages en situation réelle est le maillon faible de la plupart des dispositifs de formation. Sans plan d’action individuel, sans suivi par le N+1, sans espace de partage entre pairs, les bonnes intentions s’éteignent dans les semaines qui suivent la formation.

Les organisations les plus performantes sur ce sujet ont mis en place des rituels managériaux dédiés, des communautés de pratiques internes, des missions de terrain en lien direct avec les apprentissages et des entretiens de suivi post-formation intégrés dans le cycle de management. Ces dispositifs simples mais rigoureux transforment des sessions de formation en véritables leviers de changement durable.

Oublier de former les formateurs internes et les N+1

Enfin, un plan de formation pour les managers ne peut pas faire l’impasse sur la formation des managers de managers. Si les responsables hiérarchiques ne partagent pas les mêmes repères, s’ils ne valorisent pas les nouvelles postures ou s’ils continuent à pratiquer un management directif incompatible avec ce que les formations véhiculent, le système entre en contradiction et génère de la confusion.

La cohérence verticale du modèle managérial est une condition sine qua non de l’efficacité du plan de formation. Former les équipes sans accompagner les dirigeants dans leur propre évolution, c’est construire sur des fondations instables.